HANDICAP ET VIH: une réalité ignorée

 

 

VUE D’ENSEMBLE DU CONCEPT HANTICAP/VIH

Le rapport mondial sur le handicap publié conjointement par l’Organisation mondiale de la Santé et la Banque mondiale en 2011, évalue à plus d’un milliard, soit 15 % de la population mondiale, le nombre de personnes vivant avec un handicap. Ce chiffre est considérablement plus élevé que les estimations précédentes. On apprend que les pays à faibles revenus ont une prévalence de handicap plus grande que les pays à revenus supérieurs. Ces personnes constituent une population particulièrement vulnérable par rapport à l’infection par le VIH car elles sont plus touchées par la pauvreté, les violences physiques et sexuelles et ont moins accès à l’éducation. Pourtant, à ce jour très peu de données épidémiologiques sont disponibles sur le VIH chez les personnes handicapées
Cette vulnérabilité a été reconnue dès 2007 par la convention des nations unis sur les droits des personnes handicapées. Par la suite, l’OMS, l’ONUSIDA et la Banque Mondiale ont également souligné l’importance de la question du handicap et du VIH. Malgré cela, elles retiennent peu l’attention des programmes de lutte contre le SIDA en raison de du peu de données objectivant la situation.
Cette exclusion dans les programmes de lutte contre le SIDA des personnes handicapées vivant avec le VIH est tellement enracinée en Afrique qu’elle s’est même fait ressentir lors de la 18ème Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (ICASA, 2015), selon des organisations qui défendent leurs droits. En effet, pendant la conférence on s’est rendu compte qu’il a y encore une lacune significative en termes de visibilité sur la prévalence et la vulnérabilité au VIH des personnes handicapées en Afrique de l’ouest et centrale. A quelques exceptions près, (le Sénégal, Cameroun). Contrairement à ce que l’on pense, les personnes handicapées présentent un risque d’infection à VIH égal, voire supérieur, à celui des personnes non handicapées. En effet de nombreuses pratiques discriminatoires et la stigmatisation sociale, comme l’accès limité aux services de base (en particulier la santé, l’éducation et le transport) et spécifiquement un manque d’accès aux services et aux informations sur le VIH, contribuent à la vulnérabilité et à l’exclusion sociale des personnes handicapées. D’un point de vue historique, l’enquête globale sur le handicap et le VIH/SIDA, menée par l’Université de Yale et la Banque mondiale ( 2004), a révélé pour la première fois que les personnes atteintes d’un handicap étaient généralement considérées comme sexuellement inactives et donc peu exposées au risque d’infection, ce qui les excluaient des efforts de prévention du VIH.    
En  2008, tous les participants à la deuxième assemblée générale de la Campagne africaine des personnes en situation de handicap et des personnes atteintes du VIH/SIDA ont signé la Déclaration de Kampala sur le handicap et le VIH.  La Déclaration exhorte tous les intervenants, y compris les gouvernements africains, les pourvoyeurs de services liés au VIH et les organisations internationales à reconnaître la vulnérabilité des personnes handicapées face à l’infection par le VIH et à offrir les accommodements nécessaires. Elle demande également aux signataires d’encourager les membres de la population handicapée à participer aux futurs processus de prise de décision.
La communauté internationale étant de plus en plus consciente des liens entre le handicap et la vulnérabilité au VIH, un certain nombre de programmes innovateurs ont vu le jour dans les pays en développement. La majorité de ces programmes ont été mis en œuvre sur le continent africain et quelques autres sont réalisés dans certaines régions de l’Asie.

 

SITUATION EN AFRIQUE
En effet, L’examen des plans stratégiques nationaux de lutte contre le SIDA (PSLS) de 18 pays de l’Afrique de l’Est et du Sud révèle que 50% reconnaissent le handicap comme une question préoccupante ou reconnaissent spécifiquement la vulnérabilité au VIH/SIDA des personnes handicapées. Seule l’Afrique du Sud a montré l’inclusion complète du handicap dans les différents thèmes principaux de son PSLS. ( Programmation VIH/SIDA inclusive du handicap et intégrée aux
L’une des difficultés à l’heure actuelle consiste à identifier le nombre de personnes handicapées vivant avec le VIH. Les données relatives à la prévalence du VIH chez les handicapés font cruellement défaut.
Le lancement officiel de la Campagne africaine des personnes en situation de handicap et des personnes atteintes du VIH/SIDA a vu le jour en janvier 2007 et a permis ainsi de franchir une nouvelle étape vers l’intégration de la population handicapée dans la réponse internationale au VIH et au sida. A cet effet, plusieurs pays à l’instar du Sénégal ont pu apporter grâce au financement de l’initiative 5% une visibilité sur la prévalence et la vulnérabilité au VIH des personnes handicapées séropositives. (Harare, 2015)

 

ETATS DES LIEUX AU CAMEROUN
Au Cameroun, cette  problématique est encore peu explorée et méconnue car ne faisant partie d’aucun programme opérationnel dans le pays. Elle n’a pas spécifiquement été prise en compte dans la dernière Enquête Démographique et de Santé (EDS-MICS, 2011) qui évalue à 5,4% le nombre de personnes atteintes d’un handicap. En dehors de quelques travaux princeps menés par le FOCAP (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2829503/), il semble qu’il n’existe pas d’autres données sur cette importante thématique. D’où le projet de recherche HandiVIH, mené en co-paternité par le FOCAP, IRD et l’IFORD. En effet reconnaissant la nécessité de disposer de données fiables permettant de défendre les droits des Personnes Handicapées,  l’étude HandiVIH a été lancée en 2014. L’objectif général est d’apporter une meilleure connaissance sur la situation de l’infection par le VIH chez les PH vivant dans des pays à ressources limitées, et ceci afin d’améliorer leur inclusion dans les programmes de lutte contre le SIDA. Cette étude adoptera le plus possible une approche multidisciplinaire (épidémiologie et anthropologique) et a pour objectifs spécifiques d’estimer la prévalence de l’infection par le VIH parmi les personnes ayant différents types de déficiences, d’analyser les facteurs de vulnérabilité par rapport à cette infection, de déterminer les obstacles à l’accès aux services de prévention et de soins et d’identifier des interventions pour l’améliorer. L’étude principale comporte deux composantes, une quantitative, l’autre qualitative. La composante quantitative est une étude transversale avec groupe de comparaison qui est actuellement conduite à Yaoundé. Un échantillonnage en deux phases avec screening des PH à l’aide du questionnaire handicap du Washington Group. La composante qualitative ne comporte actuellement qu’une enquête portant sur la vulnérabilité des personnes sourdes et de celles avec handicap physique conduite au Burkina Faso.


VERS LA PUBLICATION DES RESULTATS DE L’ETUDE HANDIVIH
Ce  projet HANDIVIH a entamé la phase de dissémination de ses résultats par la 18ème Conférence Internationale sur le SIDA et le VIH en Afrique (Harare du 29 nov. au 04 déc. 2015), à travers la présentation de 02 abstracts développés sous forme préparés pour cette occasion : «Sexual and reproductive health vulnerabilities of people with disabilities in the street : an exploratory study in Yaoundé », et « Assessing HIV prevalence and vulnerability factors among people with disabilities in Cameroon : overcoming methodological issues ». 

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